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Décembre 2012 - n° 755

Une année se termine avec de nouvelles équipes en place en Russie, en France, aux États-Unis, en Chine… Avec un désengagement militaire du front afghan mais aussi des désordres tragiques en Syrie et inquiétants au Nord-Mali où des perspectives d’intervention se précisent dont la France assumera sans doute sa partie, avec retenue et pragmatisme. Lire la suite

L’auteur appelle à sortir de la grammaire classique de la guerre à l’occidentale pour renouveler la phénoménologie de la guerre en prenant mieux en compte sa complexité et ses champs d’application actuels.

Du renseignement

L’amiral Lacoste revient sur le secret qui a entouré l’opération Farewell et en crédite d’abord le président de la République d’alors, François Mitterrand. 

Entre veille stratégique et appui aux opérations, la Direction du renseignement militaire, qui a vingt ans d’existence, a la charge du renseignement d’intérêt militaire. L’un des trois services de renseignement rele-vant du ministère de la Défense, elle s’adapte en permanence, notamment au plan technique, aux évolutions de menaces qui ne cessent de se diversifier. 

C’est à partir de l’échec patent des réponses militaires occidentales aux menaces stratégiques non militaires, le terrorisme, la prolifération, la criminalité d’État, que l’on peut énoncer des règles de comportement et de déploiement des services spéciaux pour surveiller, contenir et réprimer de nouveaux adversaires.

L’auteur montre la rupture qui se produit actuellement dans l’approche et la pratique du renseignement, qu’il s’agisse du champ couvert, de la multiplicité des acteurs, de la variété des échanges ou encore du rôle de la technologie. S’il faut plus que jamais savoir et comprendre pour anticiper et parer, les moyens et les méthodes sont à réévaluer en permanence. 

C’est un expert reconnu de la question qui établit le renseignement comme l’un de services publics qui contribuent à la sécurité du pays. Il plaide pour une approche décomplexée, rigoureuse et engagée de cette discipline afin d’atteindre et de consolider un seuil critique permettant d’assurer la sécurité et le rang de la France. 

L’auteur fait le point sur les évolutions institutionnelles récentes qui ont permis de relever le défi d’un contrôle politique du renseignement, exécutif et parlementaire. Elles ont permis d’organiser la coordination des services, de moderniser et de consolider une pratique politique du renseignement aujourd’hui « présidentialisée ». 

Les États admettent la pratique réciproque du recueil clandestin de renseignements qui fait l’objet d’un consentement mutuel dûment accepté et tacitement entériné. Ce qui explique que l’espionnage reste une branche sous-développée du droit international public. 

La dialectique secret-transparence s’est accentuée ces dernières années au point d’affecter à la fois la confiance placée en l’État et l’autorité qu’il doit préserver pour exercer sa mission première, la défense et la sécurité de la nation, qui passe par un droit imprescriptible au secret. 

Les menaces qui affectent aujourd’hui la sécurité des États et des sociétés sont à replacer dans le cadre de nouveaux enjeux qui encadrent l’action des services de renseignement : la doctrine du libéralisme, la privatisation du renseignement, la révolution de l’information ouverte, tous facteurs qu’on aborde en France de façon très centralisée. 

Sortir d’une approche proverbiale du renseignement, construire les bases scientifiques d’une démarche de renseignement suppose d’en connaître les fondements épistémologiques et de démêler les fils des différentes écoles tentées d’en accaparer l’approche. 

En faisant l’inventaire des fonctions réelles du renseignement dans une société de l’information, on prend mieux la mesure de ce qu’il n’est pas et on comprend que sa fonction de lever le doute reste essentielle.

Dans ce texte engagé, l’auteur qui est aussi un praticien rappelle que la pensée stratégique doit se déployer à partir du réel dont les meilleurs observateurs sont les diplomates et les espions. Tous deux doivent expliquer et détecter les situations dangereuses et les intentions hostiles pour permettre au politique d’y faire face pour la sécurité du pays. Rien ne serait plus dangereux que l’aveuglement d’un conformisme aveugle. 

C’est à partir de la relation complexe qu’a nouée la presse avec les services secrets au moment de l’affaire Greenpace que l’auteur met en scène les tensions structurelles qui pèsent sur l’exercice de la responsabilité politique qui est partagée entre l’exigence de la transparence publique et la nécessité du secret. 

L’auteur revient sur le lent aggiornamento qui a permis de replacer en France les questions de renseignement au cœur de la recherche universitaire, d’en moderniser la pratique institutionnelle au sein de l’exécutif et d’en valider les résultats au plan parlementaire. 

Repères - Opinions

Destinée à créer une communauté de pensée tendue vers l’action commune, articulée sur des grands principes et des réflexes utiles, la doctrine peut aussi être détournée en une technique prescriptive qui entrave l’imitative et comprime l’emploi des forces. L’auteur nous livre son analyse et promeut la force libératrice de la doctrine.

L’auteur montre que le changement en cours met à l’épreuve l’esprit de corps dans les armées en subordonnant l’institution à une forme d’organisation dont les repères sont à redéfinir. Il note que la rupture comme norme du changement pourrait affecter profondément la cohésion des armées et recommande d’y veiller. 

Les auteurs qui ont enquêté sur les comportements des militaires à l’égard des réseaux sociaux y distinguent trois types de pratiques habituelles, qui utilisent le web social comme un espace de mise en scène du soldat, un outil de contestation ou un vecteur de soutien. Ils exposent ainsi l’usage militaire actuel des réseaux sociaux. 

La question du Nord Mali ne peut bien se comprendre qu’en recherchant comment le Sahara fut décolonisé et comment l’Algérie dut faire face à une décennie sanglante d’islamisme radical. La prochaine visite du président de la République à Alger peut permettre de retrouver les racines d’intérêts communs. 

Parmi les livres récents publiés sur le renseignement, on trouve deux ouvrages d’experts qui alimentent la réflexion de ce numéro. La recension détaillée qu’en fait l’auteur permet de mieux comprendre comment le renseignement sort aujourd’hui de l’ombre dans laquelle l’avait confiné la guerre froide pour gagner de nouveaux espaces d’application sans pour autant perdre sa pertinence classique de confrontation interétatique. 

C’était l’excuse à Londres durant la Seconde Guerre pour servir du mauvais alcool, pour autant, comme le rapporte d’Astier de la Vigerie, que « la guerre trouble surtout les habitudes de ceux qui ne la font pas ». Mais qui en parlent d’autant plus qu’ils la voient partout et dissertent sur elle dans des copies quinquennales qui ne sont que la redite de la rédaction précédente, comme à la petite école lorsqu’il faut raconter à chaque rentrée des classes qu’on s’est bien amusé pendant les vacances et qu’il faisait beau chez Mamie. La nouveauté est que la guerre semble désormais troubler ceux qui font métier de la faire. Lire les premières lignes

Recensions

Michel Aglietta et Guo Bai : La voie chinoise - Capitalisme et Empire  ; Odile Jacob, 2012 ; 432 pages - Serge Boidevaix

La croissance exceptionnelle qui, en deux décennies, a porté la Chine au rang de deuxième puissance économique après les États-Unis et fait d’elle le premier exportateur mondial, est-elle durable ? Dans une étude approfondie et originale, Michel Aglietta et Guo Bai démontrent que cet essor, remarquable par son intensité, l’est plus encore par sa durée. Loin de déboucher sur des impasses et des bouleversements de société, voire un changement de régime, ce développement est, affirment-ils, « soutenable ». Lire la suite

p. 115-117

Alain Frachon et Daniel Vernet : La Chine contre l’Amérique - Le duel du siècle  ; Grasset, 2012 ; 272 pages - Serge Boidevaix

L’affrontement entre les deux puissances mondiales est pour les deux journalistes spécialistes des questions internationales, Alain Frachon et Daniel Vernet, inévitable. Il peut aller jusqu’à la guerre. Lire la suite

p. 117-118

Olivier Terrien : Les 36 stratagèmes de la guerre électronique  ; Je Publie, 2012 ; 240 pages - Stéphane Dossé

Ce livre publié en autoédition revient, par l’exemple, sur certains « procédés » de la guerre électronique. À l’heure du développement de la conflictualité dans le cyberespace, M. Olivier Terrien, ingénieur en systèmes électroniques pour la Défense, offre au lecteur un ouvrage clair et pédagogique sur la contribution du combat électronique à la guerre. L’ouvrage s’appuie sur le Traité des 36 stratagèmes pour en proposer une lecture parallèle. Chaque stratagème est décrit par une synthèse explicative suivie d’un exemple historique chinois puis d’un pendant moderne. Facile à lire et à comprendre par tous – les aspects techniques sont vulgarisés – il peut être lu par morceaux, dans l’ordre ou le désordre, ou bien d’une traite. Lire la suite

p. 119-120

Éric Denécé : Les services secrets français sont-ils nuls ?  ; Ellipses, 2012 ; 408 pages - Claude Le Borgne

Le général Kalouguine, ancien du KGB, affirme que, de tous les services hostiles auxquels il fut confronté, le renseignement français était le plus mauvais. C’est pour le faire mentir qu’Éric Denécé écrit ce livre. Lui-même spécialiste de la discipline, il tient à honneur de réhabiliter nos hommes de l’ombre. Il a de quoi faire tant ceux-ci sont, chez nous-même, vilipendés. Sa thèse est claire : les carences de nos services sont réelles mais les politiques en sont les premiers responsables. Lire la suite

p. 120-121

Revue Défense Nationale - Décembre 2012 - n° 755

The author calls for the exit of the classical grammar of war in the Western fashion in order to renew the phenomenology of war by taking better into account its complexity and its current field of applications.

On Intelligence

Admiral Lacoste returns to the secrets which surround Operation Farewell and credits first the then-president of France, François Mitterrand.

Between old strategies and operational support, the DRM (Direction du renseignement militaire – Directorate of military intelligence)  that has been around for twenty years is in charge of all intelligence of military interest. One of the three intelligence services supporting the Ministry of Defense, the DRM must adapt itself permanently, notably on the technical plan, and to the evolutions of the threats that never cease to diversify.

It is thanks to the obvious failure of Western military responses to strategic non-military threats such as terrorism, proliferation, and the criminality of the state, that one can enunciate the rules of behavior and deployment of special services for surveillance, containment, and repression of new adversaries.

The author shows the rupture which currently produces itself in the approach and practice of intelligence, whether in the covert field, the multiplicity of actors, the variety of exchanges, or the role of technology. It is now more than ever necessary to know and understand. in order to anticipate and protect ourselves from the means and methods that are continuously changing.

It is as a renowned expert in the question who establishes intelligence as one of the public services which contributes to national security. He pleads for an uncomplicated, rigorous and engaged approach to this discipline in order to achieve and consolidate a threshold of critique permitting the assurance of security and rank of France.

The author makes a point on the recent institutional evolutions which permitted us to rise to the challenge of the political (executive and parliamentary) control of intelligence. These evolutions were permitted in order to organize the coordination of services, modernize and consolidate a political practice of intelligence, which is today “presidentialized.”

States admit to the reciprocal practice of clandestine intelligence gathering, making them the object of a mutual consent duly accepted and tacitly endorsed. This explains that intelligence remains an under-developed branch of the international public right.

The secrecy-transparency dialectic has accentuated itself in these past years to the point of affecting the confidence placed in the state as well as the authority that it must preserve in order to exercise its foremost mission, the defense and security of the nations, passing through an inalienable right to privacy.

The threats which currently affect the security of states and societies should be seen in the context of the new stakes that frame the action of intelligence services: the doctrine of liberalism, the privatization of intelligence, and the open information revolution, all factors that are addressed in France in a very centralized fashion.

Leaving behind the proverbial approach to intelligence, constructing the scientific bases of a measure for intelligence supposes that one is familiar with the epistemological foundations and the detangling of different schools attempting to monopolize the approach.

In making an inventory of the current functions of intelligence in an information society, it is better to take the measure than it is to not, and understand that its function of soothing doubts remains essential.

In this engaged text, the author, who is also a practician, recalls that strategic thinking should deploy itself on the basis of the best observers: diplomats and spies. These two must explain and detect dangerous situations and hostile intentions in order to permit politics to face these for the security of the country. Nothing is more dangerous than the blindness of blind conforming.

In part due to the complex relation which knotted the press and the secret services in the moment of the Greenpeace affaire, the author places in context the structural tensions which weigh on the exercise of political responsibility, which are shared between the demand of public transparence and the necessity of secrecy.

The author returns to the Lent aggiornamento which permitted the replacement of questions of intelligence in the heart of university research in France, the modernization of institutional practices within the executive, and the validation of the results of the parliamentary plan.

Opinions and Viewpoints

Destined to create a community of strict thought towards joint action, articulated in grand principles and useful reflections, doctrine can also be diverted to a prescriptive technique which interferes with the imitative and compresses the employment of forces. The author delivers us his analysis and promotes the liberalizing force of doctrine.

The author illustrates how the undergoing changes put the esprit de corps of the armies to the test by making the institution a form of organization where the pins are constantly redefined. He notes that rupture as a norm of change can profoundly affect the cohesion of armies and recommends watching this.

The authors who searched for military behavior in regards to social networks distinguished three types of habitual practices: utilizing the social web as a setting space for soldiers, a tool of contestation, or a vector of support. They expose the current military usage of social networks.

The question of North Mali cannot be well understood without first researching how the Sahara was decolonized and how Algeria faced a bloody decade of radical islam. The next visit of the president of the Algerian Republic could permit a retreival of roots of common interests.

Among the recently published books on intelligence, one finds two works by experts which supply the reflections for this edition. The detailed book review which the author makes permits us to better understand how today's intelligence leaves the shadows of which it was confined to during the Cold War in order to win new spaces of application without losing its classic pertinence in interstate confrontation.

Book reviews

Michel Aglietta et Guo Bai : La voie chinoise - Capitalisme et Empire  ; Odile Jacob, 2012 ; 432 pages - Serge Boidevaix

Alain Frachon et Daniel Vernet : La Chine contre l’Amérique - Le duel du siècle  ; Grasset, 2012 ; 272 pages - Serge Boidevaix

Olivier Terrien : Les 36 stratagèmes de la guerre électronique  ; Je Publie, 2012 ; 240 pages - Stéphane Dossé

Éric Denécé : Les services secrets français sont-ils nuls ?  ; Ellipses, 2012 ; 408 pages - Claude Le Borgne

Revue Défense Nationale - Décembre 2012 - n° 755

Une année se termine avec de nouvelles équipes en place en Russie, en France, aux États-Unis, en Chine… Avec un désengagement militaire du front afghan mais aussi des désordres tragiques en Syrie et inquiétants au Nord-Mali où des perspectives d’intervention se précisent dont la France assumera sans doute sa partie, avec retenue et pragmatisme.

Une année se termine avec un nouveau Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale qui va adapter le cap aux réalités stratégiques nouvelles, en Europe et autour du conti-nent eurasiatique, mais aussi dans le monde pour préserver une mondialisation vertueuse. Aux réalités budgétaires aussi car une croissance durablement atone ne permet plus de tout assumer et qu’il faut changer de modèle de défense. Aux réalités structurelles enfin, car l’intégration plus poussée de la défense dans l’économie nationale conduit non seulement à rationaliser les organisations comme la RGPP l’avait entrepris mais à mettre en œuvre un véritable continuum économie-défense pour disposer des moyens de la sécurité du pays. On comprend que beaucoup s’inquiètent de ce changement de portage qui consacre de façon sans doute irréversible la fin d’une époque militaire commencée il y a bien longtemps.

Réduire la capacité d’action classique de la France rend plus nécessaire que jamais sa participation résolue et inventive à la sécurité européenne, base de la prospérité régionale, en liaison étroite avec ses voisins continentaux et méditerranéens. La France doit aussi continuer à prendre toute sa part de la stabilité mondiale, non seulement parce que ses outremers l’exigent mais parce que sa dépendance aux flux économiques mondiaux s’est accrue. Ces réalités dessinent l’espace de sécurité de la France et engagent sa responsabilité militaire. Il lui faut renforcer la construction d’un pôle stratégique stabilisé, plus cohérent, plus solidaire « de l’Atlantique à l’Oural et du Cap Nord au Sahel » car telle est la vraie dimension de la grande Europe dans la planète à venir. Il lui faut prendre une part active au maintien du libre exercice et à la sûreté des flux stratégiques mondiaux (maritime, cybernétique, spatial, monétaire) parce que le déploiement de l’économie au grand large des marchés émergents est une condition de la prospérité, de la liberté d’action et de l’autorité internationale du pays.

Il faut aussi renforcer la capacité de la France à savoir, comprendre, parer, agir dans les domaines moins conventionnels, ceux de la diplomatie de défense, on l’a vu, ou ceux du renseignement. La diversité des entreprises de sécurité à développer dans ces domaines exigeants qui se partagent mal, leur technicité et leur cohérence d’ensemble supposent de nouvelles réflexions et de nouvelles mobilisations.

Le renseignement, la diplomatie de défense, la capacité d’influence relèvent de la souveraineté du pays comme l’industrie de défense, la diplomatie et les forces armées. Voilà des pistes à explorer pour les temps à venir ; elles dessinent une nouvelle nécessité de défense et une nouvelle ambition stratégique plus globale pour le pays.

Jean Dufourcq

Octobre 2019
n° 823

L'importance stratégique des Outre-mer

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