Semaine 14/2021 : Mort de François Rabelais, le 9 avril 1553

Rabelais, au-delà de l’aspect littéraire de son œuvre, fut aussi un témoin actif de son temps. À sa mort en 1553, l’Europe sort du Moyen-Âge et voit la fonction étatique se consolider comme en France autour du Roi mais le système militaire reste encore empreint des pratiques féodales avec un recours accru au mercenariat et à la levée de troupes temporaires. François Ier (1494-1547), roi mécène, est aussi un roi chevalier notamment lors des guerres d’Italie où son armée va connaître un désastre cuisant à Pavie. Rabelais évoque donc dans ses écrits ces transformations de l’art militaire en particulier dans le récit des guerres picrocholines. C’est aussi l’époque où l’architecture militaire évolue sous l’influence des ingénieurs italiens qui commencent à prendre en compte le développement de l’artillerie. À l’inverse, la cavalerie s’alourdit de plus en plus avec des cuirasses épaisses, privant de fait les unités à cheval de la mobilité spécifique de l’animal.

 

Pour en savoir plus :
Jacquart Jean : François Ier, Fayard, 1994
Heers Jacques : L’histoire oubliée des guerres d’Italie, Via Romana, 2009

Semaine 13/2021 : Fermeture du QG militaire de l’Otan en France, le 30 mars 1967

En 1966, la décision du général de Gaulle de quitter la structure militaire de l’Alliance atlantique fut très mal reçue et perçue par les Alliés de l’Otan, ne comprenant pas les objectifs politiques recherchés par le président de la République française. Il ne s’agissait pas d’être « contre » mais d’être « avec » en proposant de nouvelles perspectives en Europe face au bloc soviétique. Le choix politique du Général se traduisit alors par le démantèlement des installations de l’Otan sur le territoire national avec des fermetures de bases comme le QG installé à Rocquencourt, près de Versailles, des transferts vers les armées françaises récupérant ainsi des pistes d’aviation comme à Châteauroux, ou le déplacement vers Rome du NATO Defence College jusqu’alors implanté dans l’enceinte de l’École militaire. Les fermetures furent mal vécues par les populations locales, voyant partir clients américains et canadiens mais aussi beaucoup d’emplois de service. Toutefois, l’expansion économique des Trente Glorieuses permit de faire « avaler la pilule » aux territoires concernés. Par ailleurs, même si la France demeurait membre de l’Alliance, sa politique étrangère s’est alors efforcée de desserrer le carcan imposé par la guerre froide.

 

Pour en savoir plus :
Raflik Jenny : Lorsque l’Otan s’est installée en France, Ifri/Relations internationales, 2007.
Oury Gérard : Le cerveau (1968), film avec Jean-Paul Belmondo, Bourvil et David Niven [Un hold-up lors du transfert du SHAPE de Paris vers la Belgique].

Semaine 12/2021 : Signature du Traité de Rome instituant la Communauté économique européenne, le 25 mars 1957

Après trois conflits issus de la rivalité franco-allemande (1870-1871, 1914-1918 puis 1939-1945) ayant vu le naufrage de l’Europe et dans un contexte marqué par la division de l’Europe en deux blocs antagonistes, la volonté des dirigeants de l’Ouest était de trouver des moyens permettant d’éviter un nouvel affrontement en passant par le biais de la mise en commun de biens économiques. Ce fut la création de la Communauté économique du charbon et de l’acier (CECA) dont le succès fut très vite une réalité visible. Certes, l’échec de la Communauté européenne de défense (CED) dû en grande partie à la France empêtrée dans les conflits de décolonisation fut mal vécue au mitan de la décennie 1950. Mais très vite la montée en puissance de l’Otan permit d’oublier cet épisode. En 1957, les dirigeants des six pays de l’Europe de l’Ouest surent passer à une étape décisive avec le Traité de Rome, créant le Marché commun, espace unique dans le monde, où les échanges économiques devaient sceller le rapprochement entre d’anciens adversaires. Cette approche exclusivement économique et limitée à l’Europe des « Six » a été essentielle et a permis par la suite de construire une Europe plus forte avec dans un premier temps l’entrée du Royaume-Uni en 1971 puis la consolidation progressive des nouvelles démocraties comme la Grèce en 1974, l’Espagne et le Portugal dont les candidatures furent déposées en 1978 et l’admission une réalité en 1986. Toutefois, comme le soulignait l’auteur, la dimension économique serait-elle suffisante pour déboucher sur une approche politique commune ? Le débat reste entier encore aujourd’hui.

 

Pour en savoir plus : 
Lowe Keith : L’Europe barbare, Tempus, 2015. Pour comprendre la période 1945-1950 et la genèse de la CECA puis de la CEE.
Quatremer Jean : Les salauds de l’Europe, guide à l’usage des eurosceptiques, Calmann-Lévy, 2019. Comment la construction communautaire a apporté la sécurité et la prospérité, malgré ce que disent les critiques.

Semaine 11/2021 : Débarquement des premiers éléments du « réseau Johnny », le 18 mars 1941

En mars 1941, une équipe d’agents de renseignements travaillant pour les Britanniques et le général de Gaulle débarque clandestinement dans les environs de Brest, accueillie par le Docteur Antoine Vourc’h (1885-1964). Le but est de collecter un maximum de renseignements sur la base navale de Brest occupée par les Allemands et de suivre les mouvements de bâtiments de combat pour les transmettre à Londres. Au printemps 1941, rares sont ceux qui croient à la victoire du Royaume-Uni mais l’esprit de la Résistance les anime dans un contexte particulièrement dangereux où les Nazis traquent les combattants de l’ombre. Le témoignage du Dr Vourc’h est d’autant plus précieux qu’il fut un des premiers Résistants bretons tout d’abord en se démettant de ses fonctions municipales par opposition au régime de Vichy et en montant notamment le réseau Johnny. 

 

Pour en savoir plus : 
Kervella André : Le réseau Jade, l’Intelligence Service britannique au cœur de la Résistance française, Éditions du Nouveau Monde, 2020
Albertelli Sébastien : Les services secrets du général de Gaulle : le BCRA 1940-1944, Perrin, 2020

Semaine 10/2021 : Faycal devient roi de la « Grande Syrie » avant d'être chassé par les Français le 11 mars 1920

En 1951, la question du Moyen-Orient semblait en passe de se résoudre, à peine une trentaine d’années après l’éclatement de l’Empire ottoman suite aux accords Seyes-Picot signés secrètement en 1916 et qui prévoyait le partage de la région entre zones d’influences britannique et française. Mais l’affaiblissement définitif de ces puissances tutélaires après la Seconde Guerre mondiale et la montée des nationalismes arabes allaient remettre en question les certitudes de l’après-guerre. À cela se rajoutait la création récente de l’État d’Israël et le besoin accru de l’Occident en pétrole, affirmé par le Pacte du Quincy entre les États-Unis et le Royaume d’Arabie. La dynastie hachémite en sortait fragilisée, tandis que les autres monarchies, incapables de répondre aux aspirations de leur peuple, commençaient à être renversées par des coups d’État militaire et l’arrivée de nouveaux dirigeants comme Nasser en Égypte. De ce fait, les équilibres fragiles étaient remis en cause et la cause palestinienne allait servir peu à peu de fédérateur entre des États qui ne formaient pas Nations.

 

Pour en savoir plus :
Jacques Benoist-Méchin : Ibn Séoud, la naissance d’un mythe (1955) et Lawrence d’Arabie (1961).
Dazi-Héni Fatiha : L’Arabie en 100 questions, Texto, 2020.

Semaine 9/2021 : Indépendance du Maroc, le 2 mars 1956

Les Traités de 1912 avaient institué le protectorat français sur le Maroc tout en permettant à l’Espagne d’y maintenir sa présence au nord et au sud du Royaume. En 1956, l’indépendance a donné à Mohammed V une marge de manœuvre plus importante notamment pour renforcer la souveraineté du pays sur des zones contestées. Toutefois, le contexte de l’époque était particulièrement tendu en raison d’une part, des combats en Algérie entre l’armée française et le FLN – celui-ci cherchant des zones de refuge à l’ouest – et d’autre part, le cadre général de la guerre froide incitant des mouvements rebelles à déstabiliser les États y compris en Afrique. Rabat dut à la fois réprimer des infiltrations notamment dans le Rif et, en même temps, maintenir des « ponts » avec l’Espagne, malgré les incidents autour d’Ifni et des présides.

 

Pour en savoir plus :
Wharton Edith : In Morocco, 1920, traduction : Voyage au Maroc, Éditions du Rocher, 1996.
Le Révérend André : Lyautey, Fayard, 1990.
Vermeren Pierre : Le Maroc en 100 questions, Tallandier, 2020.

Semaine 8/2021 : Au Canada, vol expérimental du Silver Dart par l’ingénieur John McCurdy, le 23 février 1909

Dès 1909, le Canada participe à la conquête de l’air avec d’une part, des premiers vols sur un immense territoire et d’autre part, le développement d’une industrie aéronautique très liée avec la Grande-Bretagne, alors puissance tutélaire et les États-Unis. Les deux guerres mondiales vont accélérer l’essor de l’aéronautique canadienne tant pour les besoins civils que militaires avec un basculement définitif vers le grand voisin du Sud. Les élongations géographiques du pays ont également renforcé le recours au transport aérien de masse, seul capable de réduire les délais de voyage. L’industrie aéronautique canadienne s’est peu à peu reconvertie vers une production exclusivement civile avec des marques emblématiques comme Canadair fondée dans les années 1920 ou encore Bombardier qui, avant-guerre produisait des véhicules à chenille pour affronter la neige. Bombardier a racheté Canadair en 1986 et peu à peu s’est concentré exclusivement sur l’aviation d’affaires, tandis que nombre de PME du pays sont des sous-traitants de l’industrie américaine.

Semaine 7/2021 : Début du premier sommet de la Francophonie à Versailles, le 17 février 1986

Le français serait la cinquième langue la plus parlée au monde et, de ce fait, contribue à une communauté très informelle autour de la francophonie. Il fallut attendre 1986 pour un premier sommet autour de ce concept, rassemblant des États qui, certes, partagent une même référence linguistique mais qui peuvent être aussi antagonistes et souvent récusant une forme de tutelle culturelle venant de la France. Aujourd’hui, la francophonie est à la fois un atout souvent revendiqué contre l’hégémonie dévorante du Globbish mais aussi un ensemble perdant une part de son influence sur la scène mondiale. La Francophonie n’est pas uniquement la pratique d’une langue, mais aussi un espace intellectuel, littéraire, politique et culturel qui doit combiner des sensibilités très diverses mais aussi poursuivre sa route sans dépendre une forme d’hégémonie française souvent trop « germanopratine ».

 

Pour en savoir plus :
www.francophonie.org
www.académie-française.fr
Le Bris Michel et Rouaud Jean : Pour une littérature-monde, Gallimard, 2007.

Semaine 6/2021 : Signature du traité de Paris concernant les conditions de paix de l’Italie, la Roumanie, la Hongrie, la Bulgarie et la Finlande, le 10 février 1947

Le 10 février 1947, le Traité de Paris était signé entre les puissances victorieuses de la Seconde Guerre mondiale et certains pays européens considérés comme dans le camp des perdants : l’Italie, la Roumanie, la Hongrie, la Bulgarie et la Finlande. Ce texte impliquait notamment des rectifications de frontières, dont celle entre la France et l’Italie. Le traité de Turin de 1860 avait délimité l’essentiel dont le rattachement de la Savoie et du Comté de Nice à l’Empire de Napoléon III. En 1947, l’objectif fut plus modeste avec l’annexion de Tende et de La Brigue, résultant des suites de la guerre des Alpes de 1940 où les troupes italiennes avaient été battues et des exactions de celles-ci jusqu’en 1944. Cette modification de frontière fut alors considérée comme la dernière d’importance suite aux guerres. La France et l’Italie partagent depuis une frontière longue de 515 km essentiellement montagneuse. Toutefois, et malgré Schengen, les frontières peuvent faire encore l’objet d’ajustements très ponctuels comme entre la France et Andorre en septembre 2015.

 

Pour en savoir plus :
Brice Catherine : Histoire de l’Italie, Tempus, 2019.
Heyries Hubert : Histoire de l’armée italienne, Perrin, 2021.

Semaine 5/2021 : Indépendance de Ceylan, le 4 février 1948

Le 4 février 1948, l’île de Ceylan obtenait son indépendance dans le cadre de la fin de l’Empire britannique des Indes. Les tensions ethniques sur l’île ont atteint un tel degré qu’une longue guerre civile a opposé les Tamouls, minoritaires et musulmans aux Singhalais bouddhistes avec des violences importantes et une répression sans merci de la part des autorités et des Indiens. Même si la paix a été rétablie avec une forte aide de la communauté internationale, des soubresauts sanglants demeurent avec une montée de l’islamisme radical chez certains Tamouls.

 

Pour en savoir plus :
Guide du routard : Sri Lanka
Goreau Ponceaud Anthony et Madavan Delon : Dictionnaire insolite de Sri Lanka, Éditions Cosmopole, 2016, 160 pages

Semaine 4/2021 : La République démocratique allemande (RDA) admise au sein du Pacte de Varsovie, le 29 janvier 1956

La République démocratique allemande (RDA) a eu une politique de défense très ambivalente dès sa création avec une militarisation progressive de sa police sous le contrôle étroit des Soviétiques et du SED, le parti dominant. Berlin Est a su habilement faire la synthèse entre la tradition militaire prussienne – y compris dans l’uniforme de la Nationale Volksarmee (NVA) - et le socialisme ouvrier marxiste, en prenant une place de premier rang dans le dispositif militaire du Pacte de Varsovie, sous la férule de Moscou. De fait, la NVA a été l’une des armées de l’Est les plus performantes d’autant plus qu’elle était de facto sur la ligne de front face à l’Otan. Le paradoxe est que la NVA est restée très cohérente dans un pays où l’esprit prussien a toujours fonctionné. Lors de la chute du Mur puis avec le processus de l’unité allemande, la NVA a été littéralement absorbée par la Bundeswehr, sans laisser de véritables traces autres que dans la mémoire collective.

 

Pour en savoir plus :
Grosser Alfred : La démocratie de Bonn, 1949-1957, Armand Colin, 1958.
Soutou Georges-Henri : La guerre de 50 ans, Fayard, 2001.

Semaine 3/2021 : Choix du Tunnel sous la Manche par Margaret Thatcher et François Mitterrand, le 20 janvier 1986

En 1957, le Royaume-Uni et la France lancent un groupe de travail pour construire un lien fixe entre le continent et l’île britannique. Ces études aboutirent à un projet de tunnel dont les travaux débutèrent en 1973 mais furent arrêtés en 1975, à la suite de la crise du pétrole. François Mitterrand relança l’idée et le tunnel fut inauguré en mai 1994 en présence de la Reine Elizabeth II. Dans cet article de 1962, les auteurs dont Louis Armand (1905-1971), Compagnon de la Libération, PDG emblématique de la SNCF, exposent les idées qui prévalaient au début des années 1960 et qui, malgré les échecs des précédentes tentatives, ont abouti au complexe ferroviaire actuel. Si en 1962, ce chantier pouvait apparaître pharaonique, aujourd’hui, de telles constructions sont devenues habituelles, le grand projet du même genre étant le tunnel Lyon-Turin dont les travaux sont en cours.

 

Pour en savoir plus :
Lemoine Bertrand : Sous la Manche, le tunnel, Gallimard, 1994, 128 pages
Armand Louis : Propos ferroviaires (1970)

Semaine 2/2021 : En Égypte, renforcement des pouvoirs de Nasser par une nouvelle constitution, le 16 janvier 1956

Si aujourd’hui, le Levant est confronté à des crises profondes en partie alimentées par l’islamisme politique issu de la révolution iranienne de 1976, dans les années 1960, les ambitions politiques de la région portaient sur un nationalisme arabe largement alimenté par la personnalité du Raïs Gamal Abdel Nasser (1918-1970), dont l’aura en faisait un des leaders majeurs du mouvement des non-alignés. Le socialisme arabe porté par le dirigeant égyptien s’appuyait également sur un soutien discret mais important de l’URSS, tandis que les États-Unis, depuis le Quincy Act, assuraient la protection notamment du royaume d’Arabie saoudite, le principal fournisseur d’hydrocarbures pour l’industrie américaine. Sans oublier le conflit avec Israël, qui avait connu une forte déflagration lors de la nationalisation du canal de Suez en 1956, amenant à une intervention franco-britannique, appuyée par un engagement de Tsahal et qui va rebondir en 1967 avec la guerre des Six Jours. Nasser a su fédérer l’opinion publique arabe durant cette période, même si au final son projet politique a échoué.

 

Pour en savoir plus :
Stephens Robert : Nasser a Political Biography, The Penguin Press, Londres, 1971.
Sinoué Gilbert : L’aigle égyptien, Nasser, Tallandier 2015.
Bayoumi Hala et Bennafla Karine : Atlas de l’Égypte contemporaine, Cnrs éditions, 2020

Semaine 1/2021 : Départ de convois britanniques – opération Excess – de Gibraltar vers Malte puis la Grèce, le 6 janvier 1941

Malte, colonie britannique depuis 1800 jusqu’à son indépendance en 1964, a joué un rôle essentiel durant la Seconde Guerre mondiale lorsque les troupes de l’Axe ont entamé la conquête du théâtre méditerranéen à partir de 1941. Véritable porte-avions insulaire à mi-parcours entre Europe et Afrique, entre Gibraltar et le Canal de Suez, l’île a été la cible de nombreuses attaques visant notamment à détruire les terrains d’aviation permettant aux appareils britanniques de harceler notamment les convois maritimes allemands et italiens à destination de la Libye et de l’Afrika Korps. Le maintien de la présence anglaise était indispensable d’autant plus que la situation de l’Égypte était menacée par les attaques de Rommel. Ce positionnement stratégique de Malte, à l’entrée de la Méditerranée orientale, a d’ailleurs servi par la suite durant la guerre froide à l’Otan face à la menace soviétique. En 1974, la République de Malte a été tentée par le non-alignement et s’était rapprochée de Moscou et de Tripoli avant de rejoindre l’Union européenne en 2004.

 

Pour en savoir plus :
Symonds Craig L. : Histoire navale de la Seconde Guerre mondiale, Perrin, 2020.
BlondyAlain : Le monde méditerranéen, 15 000 ans d’existence, Perrin 2018.
Bauer Eddy : « Malta et Nafta », RDN n° 97, novembre 1952.