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Dans ce siècle finissant, le monde reste bouleversé par des crises multiformes, imprévisibles, omniprésentes. Et l’année qui débute ne nous épargnera pas, de toute évidence, de nouveaux sursauts, peut-être de nouvelles tragédies, mais aussi, et nous le souhaitons, de grands espoirs. Lire la suite

  p. 5-7

Thème

Les ambitions géostratégiques des États-Unis sont d'une grande clarté, mais la stratégie précise qu'ils veuilent mettre en place pour assurer leur organisation de la sécurité prête à discussions. C'est ainsi que s'exprimer Mme Denise Artaud après avoir analysé soigneusement la politique américaine à l'égard de l'Europe au cours de ces années.

  p. 8-22

Repères - Opinions - Débats

La défense de l'Europe, thème décidément très péroccupant car difficile à traiter, suscite bien des réflexions, des discussions, des opinions diverses. En outre, on n'y aborde généralement guère le rôle que peut y jouer la Russie : amie ou ennemie ? incluse ou exclue ? et dans quelles limites géographiques ? Le général de Bressy de Guast, fidèle auteur, aborde brillament cet aspect inédit.

  p. 23-31

Ancien président du Comité économique de l'Otan, auteur des Nations suicidaires et auparavant, de La Planète balkanisée, l'auteur analyse avec beaucoup de réalisme la situation mondiale en cette fin de millénaire. Ainsi qu'il le précise, des nuages s'amoncellent : ce sont les différentes crises survenues récemment et dont on ne discerne pas les conséquences à terme.

  p. 32-37

Le contrôleur-général des armées André Collet traite des opérations extérieures, domaine dans lequel notre pays a toujours joué – et continue de le faire – un grand rôle, même si les objectifs et les conditions d'exécution ont fondamentalement changé.

  p. 38-45
  p. 46-54

La reconversion des militaires est un sujet d'une grande actualité, d'autant plus que la situation de l'emploi reste très inquiétante. Les marins sont plus nombreux qu'auparavant à effectuer des carrières courtes, soit par choix personnel, soit parce que tous ne peuvent parvenir aux plus hauts échelons de la hiérarchie. La Marine a créé un dispositif, "Marine mobilité", destiné à apporter son aide aux partants. Son chef, capitaine de vaisseau, nous décrit les diverses facettes de sa mission.

  p. 55-69

Ce texte a été élaboré par la Commission "défense" du conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France présidé par M. Gilbert Rutman. Le but de ce mémorandum est d'établir des propositions tendant à la promotion d'un "esprit de défense" dans la communauté scientifique et technique. Nos lecteurs pourront retrouver des idées fondamentales sur les activités civiles et militaires évoquées lors d'un colloque organisé par le CNISF en mai 1994 et dont Jean-Louis Macary avait rendu compte dans le numéro d'octobre 1994.

  p. 70-79

En novembre 1994, nous avions publié un article comparant les Livres blancs sur la défense allemand, britannique et français. Les budgets y étaient naturellement abordés. Ici, il s'agit du seul budget britannique et de ses dépassements de crédits, travail fort intéressant bien que très technique. L'auteur est étudiant en droit et prépare une thèse sur le financement de la défense dans ces trois pays.

  p. 80-89

Cet article nous rappelle que le pétrole est une matière première stratégique qui peut toujours entraîner des perturbations profondes dans l'ordre et la paix mondiaux. L'auteur est spécialiste des questions prétrolières internationales et prépare une thèse à l'institut d'économie et de politique de l'énergie (CNRS, Grenoble).

  p. 90-105

Directeur des études de l'École des hautes études internationales et chercheur asosicé à l'Observatoire d'analyses des relations internationales contemporaines, l'auteur trait de façon très complète de l'Afghanistan des taliban : il nous apporte des informations précises et formule un pronostic dont on ne peut pas dire qu'il soit très satisfaisant pour un pays qui subit la guerre depuis des décennies.

  p. 106-118

L'auteur, ancien ambassadeur spécialiste de l'Afrique, évoque l'avenir proche de ce continent qu'il affectionne particulièrement et qu'il souhaiterait voir progresser dans la paix et la prospérité.

  p. 119-138

Chroniques

  p. 139-142
  p. 143-155
  p. 156-158
  p. 159-165
  p. 166-169
  p. 170-174
  p. 175-177
  p. 178-181

Bibliographie

Pierre M. Gallois : La France sort-elle de l’Histoire ?  ; Éditions L’Âge d’Homme, 1998 ; 158 pages - Marcel Duval

Les livres du général Gallois sont toujours très vivifiants pour la réflexion prospective sur les problèmes de sécurité internationale, car ils bousculent les idées reçues tout en offrant de nouvelles pistes à explorer ; mais notre ami, qui fut le prophète admiré et suivi de la reconquête de la souveraineté de notre pays par l’intermédiaire de « la bombe », nous paraît maintenant, à la manière de Cassandre, s’abandonner de plus en plus à un pessimisme désespéré quant à l’avenir. Tel est le cas dans le présent ouvrage, dont le sous-titre « Superpuissances et déclin national » annonce d’ailleurs la réponse qu’il va donner à la question angoissée qu’il s’est posée : La France sort-elle de l’Histoire ? Lire la suite

  p. 182-184

François Thual : Le douaire de Byzance – Territoires et identités de l’orthodoxie  ; Éditions Ellipses, 1998 ; 126 pages - Marc Bonnefous

En termes moins byzantins, il s’agit de l’héritage du vieil empire d’Orient sous la forme du monde orthodoxe. Le livre qui porte ce titre reprend, sous la signature d’un éminent refondateur de la géopolitique, le contenu de séminaires tenus depuis 1996 à l’École pratique des hautes études pour étudier la difficultueuse édification d’États nations dans le monde orthodoxe. Les lecteurs se passionneront pour ces épopées exotiques, fertiles en tragédies, où se mêlent le sang et le sol, les croyances et les langues, les gloires de jadis et la fécondité imparable des peuples insouciants. Lire la suite

  p. 184-185

Gérard-François Dumont : L’arc alpin  ; Thesis Verlag (Zürich) et Économica, 1998 ; 156 pages - Pierre Morisot

Le festin de Kronos une fois digéré, et avec lui bon nombre d’autres ouvrages de l’auteur, Gérard-François Dumont, universitaire de haut rang, écrivain de talent et homme de conviction (le tout étant parfaitement compatible) s’attaque à l’« arc alpin ». Recteur de l’académie de Nice, tenant par conséquent solidement un des bouts de la chaîne, il est bien placé pour le faire, secondé en outre par une équipe internationale de savants professeurs tout aussi compétents puisque exerçant à Trente, Innsbrück ou Genève. L’histoire ne dit pas quelle fut la part de chacun, mais l’unité est assurée parmi les huit chapitres, ne fût-ce que par d’élégantes transitions. Lire la suite

  p. 185-186

Voici un livre remarquable qui a une portée nationale, tout en étudiant à la loupe comment la population d’une région clé a vécu l’épreuve de la Première Guerre mondiale. Il est vrai que la Seine-et-Marne, située à l’est et au sud de la capitale, était au centre de l’effort militaire français : dans la zone de guerre au nord, dans celle des arrières au sud. Le département fut notamment le siège des deux batailles de la Marne (1914 et 1918) et donc en partie ravagé par les combats, en partie aussi zone logistique pilote pour le soutien des opérations, en raison de ses ressources agricoles et industrielles. Lire la suite

  p. 186-187

Jean-Luc Domenach : L’Asie en danger  ; Fayard, 1998 ; 340 pages - Eugène Berg

La tourmente financière qui s’est abattue sur l’Asie orientale à partir de l’été 1997 a largement surpris l’opinion et apporté un singulier démenti à l’idée que ses performances économiques étaient liées aux prétendues valeurs asiatiques : solidarité, discipline collective, moralité, épargne… Lire la suite

  p. 187-189

Theodor Herzl : Le pays ancien-nouveau  ; (traduit de l’allemand et préfacé par Paul Giniewski) Éditions Stock ; 366 pages - Michel Klen

L’ouvrage de Theodor Herzl n’est pas seulement un roman ; le récit du fondateur du mouvement sioniste constitue surtout un document historique. En 1895, cet écrivain juif, journaliste à Vienne et d’expression allemande, avait exposé dans L’État juif les raisons et les conditions de la création d’une nation en Palestine destinée à accueillir les descendants des anciens Hébreux. Dans Le pays ancien-nouveau, roman de politique-fiction paru en 1902, il projette l’expérience sioniste devenue réalité. Pour l’auteur, la solution de la communauté juive a toujours été « dans le retour à la Terre promise, cette terre ancienne dont le peuple porte en lui la nostalgie bimillénaire, et qui attend, pour devenir une terre nouvelle, le retour de son peuple dispersé ». Herzl n’a pas appelé son pays Israël, ou Sion, ou Nouvelle-Palestine, ou Judée. Dans la réalité, et dans la première ébauche du livre, en 1899, il avait envisagé « Nouvelle-Sion ». Dans le récit imaginaire qu’il nous propose, le journaliste viennois la nomme tout simplement la Nouvelle-Société. C’est une appellation volontairement neutre qui indique cependant que l’écrivain juif veut y promouvoir du social et du moderne. Lire la suite

  p. 189-190

Frédéric Lert : Les ailes de la CIA  ; Éditions Histoire et Collections, 1998 ; 512 pages - Michel Klen

La CIA est un pur produit de la guerre froide. Sa création remonte au National Security Act de juillet 1947, voté trois mois après la définition de la doctrine Truman d’aide « morale, financière et militaire aux pays victimes de menaces communistes ». Les risques d’une confrontation directe avec l’Union soviétique pouvant déboucher sur une apocalypse nucléaire avaient conduit les États-Unis à renoncer aux interventions officielles au grand jour. Devenue le bras armé d’une politique officieuse menée sur les cinq continents, la CIA s’engagea dans des opérations clandestines sous toutes les latitudes. Impliquant quelques dizaines d’hommes ou de « véritables armées », s’étendant du simple entraînement au maniement des armes à des guerres ouvertes, ces interventions ont nécessité un soutien aérien important qui fut « parfois offensif ou le plus souvent logistique ». C’est l’historique de ce soutien aéronautique aux services secrets américains que nous relate Frédéric Lert dans cet ouvrage intéressant. L’auteur est un journaliste qui collabore depuis plusieurs années au magazine Raids, consacré à l’étude des armées étrangères et des « actions spéciales », ainsi qu’à différentes revues européennes de la presse aéronautique. Lire la suite

  p. 190-191

Revue Défense Nationale - Janvier 1999 - n° 605

Revue Défense Nationale - Janvier 1999 - n° 605

Dans ce siècle finissant, le monde reste bouleversé par des crises multiformes, imprévisibles, omniprésentes. Et l’année qui débute ne nous épargnera pas, de toute évidence, de nouveaux sursauts, peut-être de nouvelles tragédies, mais aussi, et nous le souhaitons, de grands espoirs.

L’Europe poursuit sa construction. Quelle Europe ? Le problème n’est pas encore politiquement résolu ; mais la mise en application des textes fondateurs — traités de Maastricht et d’Amsterdam — est déjà une réalité au plan monétaire : l’euro est né. Les conséquences de cet acte capital sont de première importance puisque, ainsi, une monnaie de référence mondialement reconnue contrebalancera la toute-puissance du dollar et du yen et donnera aux pays d’Euroland la même autorité que celle de la grande puissance américaine dans les échanges économiques internationaux.

Il reste à construire l’Europe politique et l’Europe de la défense, ce qui n’est pas le moindre des problèmes. Même si les traités de Maastricht et d’Amsterdam définissent les identités correspondantes (Politique étrangère et de sécurité commune, Identité européenne de défense et de sécurité), il y a trop de réticences, trop d’intérêts particuliers, trop de divergences de vue chez l’ensemble des partenaires pour que l’horizon proche ne s’éclaire dans ces domaines. Le débat reste entier, qu’il s’agisse de trancher entre une Europe des nations ou une Europe confédérée, qu’il s’agisse de limiter les transferts de souveraineté de chaque pays vers l’Union européenne, qu’il s’agisse — nous le vivons aujourd’hui — d’intégrer les forces armées ou de fusionner les entreprises travaillant pour l’armement. Susceptibilités, querelles de procédures, pesanteurs historiques, influences lourdes des États-Unis, tout est sujet à remise en cause et à « relecture » des textes fondamentaux.

Les États-Unis, seule grande puissance aujourd’hui qui veut le rester et régenter le reste du monde, sortent à peine d’une crise politique interne grave, crise qui démontre la fragilité des institutions de ce pays puisque la destitution de son président peut être prononcée pour des motifs futiles. Toutefois, ce grand pays reste le seul capable de maîtriser les graves crises du monde d’aujourd’hui, qu’elles soient politiques (crises de l’ex-Yougoslavie et du Kosovo, processus de paix au Proche-Orient), économiques (crises asiatiques et sud-américaines) ou militaires (guerre du Golfe et relations entre l’ONU et l’Irak). On peut apprécier ou critiquer l’attitude de l’exécutif américain, on ne peut pas lui reprocher d’agir, même si les résultats obtenus ne sont pas à la hauteur de ce qu’il recherche. Gendarmes du monde, les Américains sont et demeurent les maîtres à peine déguisés des grandes organisations internationales, ONU, Otan, FMI, OMC, Banque mondiale. À cause de cela, l’Europe unie — et l’euro — leur fait peur car elle pèsera lourd désormais dans l’économie mondiale.

La Russie est en pleine crise, à la fois politique et économique. Il faudra attendre la fin du règne de Boris Eltsine pour pouvoir prétendre établir des prévisions réalistes sur l’avenir de cet immense empire aux ressources humaines, énergétiques et industrielles considérables.

La Chine reste un point d’interrogation : le dynamisme économique de sa zone côtière (qui englobe quelque 200 millions d’habitants) est stupéfiant. Avec une croissance annuelle moyenne de 8 % depuis dix ans, c’est probablement — si ce rythme est maintenu — une des très grandes puissances mondiales du prochain millénaire.

Les autres nations du monde ne sont pas à négliger. Elles vivent aujourd’hui une crise dont on peut espérer que le plus dur est passé. Cependant, elles resteront à la remorque des puissances dont nous venons de parler, certaines d’entre elles émergeant plus rapidement à condition qu’aux ressources dont elles disposent déjà, elles ajoutent un régime politique fort, stable et non corrompu.

L’Europe a donc un rôle important à jouer sur la scène mondialeet cette année 1999, la dernière du XXe siècle, verra probablement de grandes transformations s’y opérer. Elles seront bénéfiques si les divergences de vue s’estompent entre les nations et que s’imposela volonté de poursuivre et de réaliser l’Union complète, politique, économique, monétaire et de sécurité. Elles seront dramatiques si le refus de la recherche d’une véritable Identité européenne l’emporte, car alors les pays européens, trop modestes individuellement, ne compteront plus beaucoup sur l’échiquier international.

Les crises balkaniques actuelles, au cœur même de notre continent, sont là pour nous le rappeler. D’autres crises aussi tragiques peuvent à nouveau éclater ici ou là. Ne serions-nous donc pas capables de les gérer et de les résoudre sans l’aide du « grand frère » américain ? Et devrions-nous laisser la barbarie l’emporter sur la sagesse, qui est le symbole de notre culture et de notre civilisation ?

Il nous appartient d’analyser, dans notre revue Défense Nationale, l’évolution de la situation et les changements en cours dans cette Europe toujours naissante et d’examiner leurs conséquences dans tous les domaines intéressant notre défense et celle de l’Europe.

Puisse la raison l’emporter pour que l’aube du XXIe siècle éteigne les derniers feux du siècle qui s’achève et dont l’histoire a trop ensanglanté notre pauvre humanité. ♦

Philippe Vougny