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Mars 2020 - n° 828

Avenir de la guerre et ses mutations

« Se préparer à la guerre est le meilleur moyen de préserver la paix. »

George Washington

Ce début d’année est marqué par deux surprises stratégiques. D’une part, le ratage des velléités iraniennes dans la montée des tensions dans le Golfe, avec la destruction du Boeing 737 ukrainien au décollage à Téhéran. La baisse des menaces qui s’en est suivie reste sûrement provisoire mais non négligeable dans le contexte international. D’autre part, l’épidémie du Covid-19 (ou Coronavirus), née en Chine, mettant à mal l’autoritarisme du régime de Xi Jinping et bouleversant la machine de propagande autour des Routes de la Soie. Ces deux ruptures, dont on ne connaît pas encore les conséquences géopolitiques, soulignent combien notre environnement est devenu fragile et tendu, au risque de confrontations militaires de haute intensité et dans des espaces de plus en plus variés. Lire la suite

  p. 1-1

Gérard Araud propose un tour d’horizon du métier de diplomate et regarde rétrospectivement les grands dossiers de politique étrangère qu’il eut à vivre. La relation entre le Quai d’Orsay et l’hôtel de Brienne a également fortement évolué durant ces décennies avec un accroissement des échanges. Lire les premières lignes

  p. 5-11

À la veille de ses 96 ans, Pierre Lacoste s’est éteint au terme d’une longue vie d’une grande densité, d’une rare fécondité et d’un engagement sans faille pour son pays qu’il servit avec enthousiasme et passion, sagesse et perspicacité. Doté de multiples talents et d’une aptitude naturelle à rassembler dans son sillage de multiples personnalités au service de grandes causes, cet amiral emblématique a traversé le siècle et ses épisodes stratégiques avec la curiosité de l’homme moderne, la confiance de l’homme de conviction et la modestie du serviteur. Ce patriote indéfectible fut d’abord un marin expérimenté et un ingénieur passionné d’avenir ; et aussi un humaniste, un pédagogue hors pair et un promoteur résolu de l’intelligence du monde. Pierre Lacoste incarnait la figure du militaire ardent comme de l’honnête homme du XXe siècle. Sa mémoire restera vive comme son sourire malicieux dans l’esprit de ceux qui l’ont approché. Lire la suite

  p. 13-16

Avenir de la guerre et ses mutations

Nos interventions militaires actuelles s’inscrivent principalement à l’extérieur du territoire national, avec un volontarisme exemplaire en Europe. Les conditions du succès ne sont pas simples à obtenir et exigent de la patience, une approche globale et une forte conviction de la nécessité d’agir, impliquant toute la nation. Lire les premières lignes

  p. 19-29

Les zones grises, notamment dans les espaces maritimes, constituent un terreau fertile pour des confrontations hybrides entre des acteurs souvent anonymes. De fait, la mer permet cela, déstabilisant et fragilisant notre souveraineté. Il est nécessaire d’y consacrer des moyens pour agir dans ces nouvelles aires de conflictualité. Lire les premières lignes

  p. 29-32

La guerre s’inscrit dans l’histoire. Enseigner l’histoire de la guerre, c’est comprendre l’histoire, mais aussi le présent. Le fait guerrier, s’il a considérablement évolué, contribue dramatiquement au présent, même s’il ne s’agit plus de guerres totales. Le phénomène « guerre » aujourd’hui reste cependant essentiel à étudier. Lire les premières lignes

  p. 33-43

La guerre reste une réalité humaine intangible. Ce fait nous oblige à nous y préparer avec lucidité. C’est-à-dire en considérant le conflit symétrique majeur où le choc des volontés restera l’élément décisif. Cela implique de disposer des facteurs de supériorité en préparant la guerre du futur et non celle d’hier. Lire les premières lignes

  p. 44-49

La guerre des conflits armés du XXe siècle a vécu. De nouvelles formes de conflictualité amènent des transformations profondes notamment dans des champs immatériels moins régulés. D’où le besoin d’une réflexion stratégique renouvelée privilégiant des approches différenciées s’inscrivant dans la durée et portant sur la souveraineté de demain. Lire les premières lignes

  p. 50-55

Le numérique a transformé la gestion de l’information en saturant les réseaux, au détriment de la capacité d’analyse et de discernement. Le chef militaire doit être capable à la fois de comprendre le déluge de données et de savoir décider. Il lui faut du caractère, de l’expérience, de l’audace et faire preuve d’un vrai courage. Lire les premières lignes

  p. 56-63

La défense sol-air mise en œuvre par l’Armée de l’air connaît une mutation majeure avec l’arrivée des moyens Mamba et de coordination CMD3D permettant des performances utiles à la manœuvre aérienne, contribuant à la défense intégrée de la force. Cette démarche participe à répondre aux enjeux des guerres futures. Lire les premières lignes

  p. 64-68

Le combat urbain de demain va obliger à l’emploi accru de robots terrestres. Ceux-ci permettront d’élargir le champ des possibles, tout en préservant la vie des soldats. Les règles d’engagements de ces nouveaux moyens devront s’inscrire dans une réflexion éthique déjà bien avancée. Lire les premières lignes

  p. 69-74

L’eau est vitale pour l’humanité. Il est cependant difficile de démontrer que l’accès à l’eau a été la cause principale de conflits. Cependant, le contrôle de cette ressource est un enjeu permanent et participe aux tensions géopolitiques croissantes. L’Asie et l’Afrique sont des zones susceptibles de voir ainsi une nouvelle conflictualité autour de l’eau. Lire les premières lignes

  p. 75-80

Les atteintes à l’environnement lors d’un conflit constituent des sources potentielles de sanctions au regard du développement du droit des conflits armés. C’est une exigence qui s’impose de plus en plus aux différents acteurs, d’autant que l’opinion publique internationale en est souvent témoin. Cette évolution s’imposera comme une responsabilité politique et éthique. Lire les premières lignes

  p. 81-88

Opinions

La FMES (Fondation méditerranéenne d'études stratégiques), implantée à Toulon, est un laboratoire d’idées résolument tourné vers l’analyse stratégique autour des thématiques de la Méditerranée. La dimension maritime y est essentielle et permet d’intégrer des approches pluridisciplinaires, enrichissant le débat et élargissant l’offre de formation, en liaison avec l’IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale). Lire les premières lignes

  p. 89-94

Penser une défense européenne oblige à réfléchir à la nature des différentes menaces et à leur interaction pour les pays concernés. De fait, les perceptions sont diverses et les conséquences en besoin de défense ne sont pas les mêmes. Le risque est de voir certains États s’investir réellement tandis que d’autres restent réticents à assumer cette responsabilité. Lire les premières lignes

  p. 95-100

La Chine met en place un système de crédit social (SCS) visant à évaluer individuellement les Chinois, en les insérant dans une logique d’obéissance et de conformité voulue par le Parti communiste chinois. Ces SCS peuvent s’appuyer sur la collecte de Data et leur traitement par l’intelligence artificielle. Paradoxalement, l’opinion publique semble adhérer à cet outil de contrôle sociétal. Lire les premières lignes

  p. 101-106

Approches régionales

Les républiques d’Asie centrale, issues de la dislocation de l’URSS, après des années de méfiance réciproque, ont entamé un rapprochement prudent. Le volet sécurité a été délégué à Moscou, trop heureux de pouvoir rejouer un rôle, et le volet économique à Pékin, dont les moyens financiers sont particulièrement importants. Par contre, une intégration régionale semble désormais oubliée. Lire les premières lignes

  p. 107-114

Approches historiques

Si la Seconde Guerre mondiale voit la fin de l’emploi des cuirassés, il serait vain de considérer que ce type de navire de ligne ait été, dès son origine, un fiasco conceptuel. Le cuirassé n’a cessé d’évoluer au cours du demi-siècle de son emploi. Plus que le porte-avions, c’est le radar qui a bouleversé le champ de bataille naval, permettant de détecter. Dès lors, le cuirassé a été remplacé par le porte-avions capable de délivrer des feux plus loin. Lire les premières lignes

  p. 115-122

Chronique

En septembre 1939, la Pologne est balayée en quelques semaines, à la fois par l’efficacité de la machine de guerre nazie et par l’inadaptation dramatique du commandement polonais. Malheureusement, la France ne sut pas tirer les leçons de cette campagne. Lire les premières lignes

  p. 123-124

Recensions

La récente plainte déposée par Huawei France contre Valérie Niquet, chercheuse à la FRS et experte reconnue du monde asiatique, vient opportunément souligner la sensibilité du sujet et le caractère devenu épidermique de la question abordée par Antoine Izambard, journaliste au magazine économique ChallengesLire la suite

  p. 125-126

Delphine Deschaux-Dutard : Introduction à la sécurité internationale  ; Presses universitaires de Grenoble, 2018 ; 256 pages - Olivier Kempf

Les manuels de relations internationales ont tendance à se ressembler. Aussi faut-il signaler ce petit ouvrage qui se distingue par une approche plus tournée vers les questions de sécurité, sans verser pour autant dans les études de paix. Autrement dit, un heureux équilibre. L’auteur enseigne à l’université de Grenoble depuis plusieurs années et l’on sent, à la lecture, non seulement une connaissance approfondie des auteurs et thématiques de référence, mais aussi le frottement des théories avec les interrogations des étudiants. Ainsi, le livre ne se cantonne pas à réciter les grandes théories et citer les grands auteurs, il s’intéresse au fait de la guerre contemporaine et s’interroge avec lucidité sur « les guerres du XXIe siècle », comme l’auteure le signale dès l’introduction. Le lecteur sent alors qu’il ne s’agit pas de réciter des certitudes, mais de réfléchir face à un phénomène très changeant, dont les règles ont profondément muté et qui laisse aussi les praticiens dans l’expectative. Lire la suite

  p. 126-127

Alexandre Devecchio : Recomposition – Le nouveau monde populiste  ; Les Éditions du Cerf, 2019 ; 302 pages - Thibault Lavernhe

Avec ce deuxième ouvrage, le jeune journaliste Alexandre Devecchio nous propose une analyse claire et concise de la recomposition politique à l’œuvre sous l’effet de l’émergence d’un populisme protéiforme au sein du monde occidental. Présentant son essai comme « un plaidoyer pour la démocratie », le responsable de l’espace de débat Figaro Vox donne ainsi à comprendre, au fil de dix chapitres bien ciselés, la nature de ces populismes pluriels et les mécanismes politiques qui les portent. Lire la suite

  p. 127-128

Claude Martin : La Diplomatie n’est pas un dîner de gala - Mémoires d’un ambassadeur  ; Éditions de l’Aube, 2018 ; 946 pages - Jean-Baptiste Pecceu

Le titre des mémoires de Claude Martin renvoie à la célèbre citation de Mao Zedong (1) qui souligne la violence de la Révolution. De façon analogue, le lecteur s’apercevra à l’aune de la très riche expérience de l’auteur que la diplomatie ne fait pas toujours preuve d’élégance, de tranquillité et de délicatesse, ni de douceur, d’amabilité, de courtoisie, de retenue et de générosité d’âme. Lire la suite

  p. 129-130

Alexandre Tachon : Désobéissance  ; Éditions de l’École de Guerre, 2019 ; 356 pages - Emmanuel Desclèves

« L’homme placé en second n’a le choix qu’entre les dangers de l’obéissance, ceux de la révolte, et ceux, plus graves, du compromis. » Lire la suite

  p. 130-131

Pierre-Alain Antoine : 41 histoires extraordinaires de la guerre invisible  ; Éditions Gérard Louis, 2019 ; 258 pages - Philippe Wodka-Gallien

Derrière toutes les grandes victoires militaires de l’ère contemporaine, il y a une arme invisible, la guerre électronique. Cette discipline qui émerge avec la révolution industrielle du XXe siècle est un élément central de ce livre tant elle est associée à la guerre du renseignement, à la cryptographie et aux opérations de déception. Tel est le message principal du colonel Pierre-Alain Antoine qui signe, avec ce nouveau livre, un véritable manuel de renseignement et de culture politique et militaire. Ancien pilote de Mirage IV dans les forces aériennes stratégiques (FAS), puis commandant du Polygone de guerre électronique, « Tonio » a poursuivi son action dans un grand groupe d’électronique de défense. Il est l’un des très rares experts français de cette discipline stratégique, et plus encore de l’aviation militaire. Lire la suite

  p. 131-132

Manuelle Calmat : Commandos marine - Au cœur des tempêtes  ; Éditions du Rocher, 2019 ; 280 pages - Emmanuel Desclèves

Leurs missions sont secrètes et rien ne filtre. Ils agissent dans l’ombre, dans les environnements les plus hostiles. Par la mer et par les airs, ils se glissent dans la nuit et frappent là où personne ne les attend. Ces membres des unités des forces spéciales au béret vert sont ceux que l’on appelle en dernier recours. Lire la suite

  p. 132-132

Revue Défense Nationale - Mars 2020 - n° 828

Avenir de la guerre et ses mutations

Gérard Araud, former French Ambassador to the United States, offers an exposé of the profession of the diplomat and has a look back at the major foreign policy matters with which he has been involved. The relationship between the Quai d’Orsay (the Foreign Affairs Ministry) and the Hôtel de Brienne (the Armed Forces’ Ministry) has developed considerably over the decades, and has resulted in improved communication.

The Future of Warfare and Associated Developments

Our current military interventions are mainly outside home territory, and demonstrate exemplary will among European nations. Achieving the conditions for success is far from easy and requires patience, an overall approach and strong conviction of the need to act—thus involving the entire nation.

Grey zones, especially maritime ones, are fertile territory for hybrid confrontations between players that are often anonymous. Indeed the sea is ideal for such confrontations that de facto destabilise and undermine our sovereignty. We need to assign adequate assets in order to act in these new areas of potential conflict.

War is part of history. To teach the history of war requires an understanding not only of the past but also the present. Warfare more generally, though considerably changed in nature, contributes dramatically to modern times even if we no longer talk of total war. Nevertheless, study of the phenomenon that is war remains essential today.

War remains an intangible human reality, which compels us to prepare for it with clarity. This means we need to consider a major symmetrical conflict in which the battle of wills remains the decisive element. It implies also the need to possess factors that offer superiority by preparing for the war of the future and not for that of today.

The armed conflict warfare of the twentieth century has had its day. New forms of conflict are bringing with them profound changes, particularly in less regulated, less tangible areas. Hence a need for renewed strategic reflection that favours diverse approaches over the long term and which takes into consideration future sovereignty.

Digitisation has transformed the handling of information by saturating networks to the detriment of the ability to analyse and discriminate. The military chief has to be able both to understand the flood of data and to take decisions. He needs character, experience and boldness, and must show courage.

Ground-air defence as operated by the Air Force is undergoing major change. Entry into service of Mamba systems and the coordination provided by the CMD3D (Centre de Management de la Défense dans la 3e Dimension—Air defence management centre) are offering improved service to air operations and contributing to the integrated defence of the force, thus helping to respond to the challenges of future wars.

Future urban combat will necessitate increased use of robots on the ground. They will allow a broader field of possibilities whilst saving soldiers’ lives. The rules of engagement of these new devices have to be drawn up within an ethical framework, consideration of which is well advanced.

Water is vital for humanity. Nevertheless, it is hard to demonstrate that access to water has been the main cause of conflict. That said, control of this resource presents a continual challenge and contributes to growing geopolitical tension. Asia and Africa are areas likely to see renewed conflict provoked by water.

Damage to the environment during a conflict is a potential source of sanction with regard to developments in the law of armed conflict. It is a requirement that is increasingly affecting the various players, especially given the pressure of international public opinion. This development will be seen as imposing political and ethical responsibility.

Opinions

The FMES (Fondation méditerranéenne d'études stratégiques—Mediterranean foundation of strategic studies) in Toulon is a think tank whose primary objective is the strategic analysis of matters concerning the Mediterranean. The maritime dimension is essential to this analysis and encourages multi-disciplinary approaches to enrich the debate and broaden the training on offer through liaison with the IHEDN (the Institute for higher national defence studies).

Any thought of European defence naturally requires consideration of the various threats and of how they interact with regard to the countries involved. Different countries have different perceptions and their consequences in terms of defence needs are far from uniform. The risk is that some states might make a considerable investment, whereas others would remain reluctant to take on the responsibility.

China is setting in place a social credit system aimed at evaluating each Chinese citizen individually on his or her level of the obedience and conformity sought by the Chinese communist party. The system could well rely on data handled and collected through artificial intelligence. Odd though it might seem, public opinion would appear to be in favour of this tool for social engineering.

Regional Approaches

After years of mutual mistrust the republics of Central Asia formed from the collapse of the USSR have begun prudent rapprochement. Security matters have been delegated to Moscow—delighted to be able to play a role again—and economic matters to Beijing, whose financial weight is substantial. On the other hand, regional integration seems to have been forgotten.

Historical Approchaes

Although the Second World War saw the end of the battleship it would be somewhat superficial to consider this type of warship as a concept flawed from the outset. The battleship developed continuously throughout its fifty years of use and, more than the aircraft carrier, it was radar that changed naval engagement forever by its ability to detect. It was thereafter that the battleship was replaced by the aircraft carrier, able to deliver fire over a far greater range.

Chronicle

In September 1939, Poland was wiped from the map in just a few weeks as a result both of the effectiveness of the Nazi war machine and of the astonishing inability of the Polish high command to adapt to the situation. It was unfortunate that France failed to draw lessons from that campaign.

Revue Défense Nationale - Mars 2020 - n° 828

Avenir de la guerre et ses mutations

Ce début d’année est marqué par deux surprises stratégiques. D’une part, le ratage des velléités iraniennes dans la montée des tensions dans le Golfe, avec la destruction du Boeing 737 ukrainien au décollage à Téhéran. La baisse des menaces qui s’en est suivie reste sûrement provisoire mais non négligeable dans le contexte international. D’autre part, l’épidémie du Covid-19 (ou Coronavirus), née en Chine, mettant à mal l’autoritarisme du régime de Xi Jinping et bouleversant la machine de propagande autour des Routes de la Soie. Ces deux ruptures, dont on ne connaît pas encore les conséquences géopolitiques, soulignent combien notre environnement est devenu fragile et tendu, au risque de confrontations militaires de haute intensité et dans des espaces de plus en plus variés.

Comprendre le monde et le fait « guerre » sont donc plus que jamais indispensables pour prévenir les apocalypses. C’est d’ailleurs ce qui ressort tant de l’entretien accordé par Gérard Araud – ambassadeur de France au terme d’une très longue carrière de diplomate – que de l’hommage rendu à l’Amiral Lacoste, récemment disparu. Avec, au-delà de la diversité des parcours, ce lien commun de la nécessité impérieuse d’analyser les rapports de force et d’agir pour que la France reste un acteur reconnu et crédible sur la scène internationale.

D’où le dossier de ce numéro – qui sera poursuivi en avril – consacré aux évolutions de la guerre dans le futur. Il ne s’agit pas d’un essai de prospective, mais de proposer des pistes de réflexion autour d’approches de natures très différentes. Avec cependant des invariants qui constituent des fondamentaux dont l’oubli amène à l’échec. Certes, les technologies de demain (notamment l’intelligence artificielle et les datas) peuvent accélérer à la fois le tempo de l’engagement et la complexité de la gestion de l’espace de bataille. Toutefois, la guerre, même sous une forme cyber, impose la violence, la souffrance et la mort. D’où le rôle essentiel du Chef, qu’il soit le politique ou le militaire. Il lui appartient de comprendre, de choisir puis de décider. Cela impose notamment intelligence mais aussi caractère. Cette dimension est essentielle et déterminante, l’histoire abondant en exemples. Cette année 2020, avec les commémorations des 80 ans de l’année 1940, représentera l’occasion de se rappeler que le courage est une vertu essentielle pour le Chef, du caporal au général, tout comme pour ceux qui portent la Toge.

Réfléchir sur les conflits du futur oblige donc à sortir de ses certitudes doctrinales ou de ses pratiques d’état-major souvent confortables intellectuellement. Cela impose de se confronter à la réalité géopolitique d’aujourd’hui, car elle constitue le terreau de la conflictualité de demain. C’est assumer une responsabilité stratégique souvent négligée et parfois contestée par crainte de regarder la réalité en face. C’est de fait l’enjeu réaffirmé par le président de la République, le 7 février, devant notamment les stagiaires de l’École de Guerre autour de la dissuasion nucléaire, en demandant à nos partenaires européens de se montrer plus actifs et de s’engager pour une Europe plus souveraine et maîtresse de son destin, dans un monde fait de tensions, de rapports de force et de remises en cause du multilatéralisme et des principes, ayant construit nos démocraties après le suicide des années 1940. ♦

Jérôme Pellistrandi